L'Animal de compagnie
La première chose que j’exige de la plupart des hommes (et des femmes) qui viennent me consulter est qu’ils lisent le livre Les 48 Lois du Pouvoir (L’Art de la Séduction fait également partie du programme). Dans l’introduction de ce livre, Robert Greene passe en revue les implications éthiques de la compréhension et de l’application des différentes lois. Si vous parcourez le résumé des lois en cliquant sur le lien ci-dessus, vous admettrez sûrement que certaines de ces lois mettront la plupart des gens mal à l’aise. Beaucoup de ces lois, de façon compréhensible, dérangent les non-initiés car, durant la majeure partie de notre vie, on nous a appris à imiter des comportements socialement acceptables et à adopter un état d’esprit de coopération plutôt que de recherche de notre intérêt personnel.
La plupart des gens sont conditionnés à penser que l’utilisation délibérée du pouvoir est intrinsèquement manipulatrice, égoïste, et parfois même malveillante. Dans certains contextes, cela peut être vrai ou non, mais en diabolisant le désir même de comprendre la nature de ce qu’est le pouvoir, non seulement nous empêchons une meilleure compréhension critique de ses mécanismes, mais nous rendons également les non-initiés plus vulnérables à l’utilisation du pouvoir contre eux. La 49ème Loi du Pouvoir étant : « Ne jamais éduquer les autres sur les principes du pouvoir », ce qui est en soi une forme d’utilisation du pouvoir. On ne parle pas du Fight Club.
J’aborde ce sujet car, tout comme avec les Lois du Pouvoir, il y aura des articles sur la séduction ou sur les fondements de la communication inter-genres – y compris sur la véritable nature de leurs motivations sous-jacentes – que les hommes (et les femmes) auront des difficultés à accepter et à utiliser, au point que cela remette en question certains investissements émotionnels ou égotiques profondément ancrés en eux. Permettez-moi d’établir en premier lieu que le malaise fait partie de la compréhension ; la vérité est censée vous mettre mal à l’aise afin de vous inspirer à agir.
Je devrais également ajouter ici que même si vous n’êtes pas à l’aise avec l’utilisation d’une tactique particulière ou que vous ne vous sentez pas confiant dans l’approche d’une certaine situation interpersonnelle, il est toujours vital que vous compreniez les concepts et les méthodologies derrière le fonctionnement de ces lois, principes, techniques, attitudes, etc. Vous pouvez avoir des raisons personnelles qui vous poussent à refuser de vous impliquer dans un aspect particulier de la séduction, mais il est impératif que vous reconnaissiez pleinement les mécanismes en jeu derrière cet aspect avant de décider que ce n’est pas quelque chose que vous souhaitez mettre en pratique. Refuser d’utiliser une Loi ou un certain aspect de la séduction ne vous immunise pas contre ses conséquences, ni n’invalide cet aspect lorsque d’autres l’utilisent à leur avantage, et potentiellement à votre détriment.
La moitié du combat
L’objectif principal (bien que non exclusif) de ce blog a toujours été l’analyse critique des mécanismes profond qui sous-tendent les dynamiques inter-genres, la théorie et la pratique de la séduction, ou encore la psychologie sociale et évolutionniste, pour n’en citer que quelques-uns. Je comprends le désir d’applications pratiques dans ce domaine d’étude, et bien que dans mon cheminement personnel j’aie moi-même « testé sur le terrain » la plupart des concepts que j’explore ici, je n’ai ni le temps, ni l’opportunité, ni les ressources pour développer des pratiques au-delà des conseils que je prodigue sur ce blog. Du moins, pas autant que ce que la plupart de mes lecteurs attendent de moi – et c’est une bonne nouvelle.
« C’est brillant, Rollo, mais comment puis-je utiliser cela pour améliorer ma vie avec la prochaine fille que je drague ? »
C’est un désir fréquemment exprimé par mes lecteurs, et le mieux que je puisse répondre est cet adage : La connaissance est la moitié de la bataille. Il n’y a pas de solution universelle valable pour tout le monde en matière de séduction ou de relations inter-genres. Quiconque vend un livre vous donnant un manuel d’instructions sur la façon d’avoir un mariage heureux ou de séduire des filles est toujours limité par sa propre expérience individuelle. En d’autres termes, ils ne sont pas vous.
C’est précisément pour cette raison que je consacre plus de temps et de réflexion critique aux fondements et aux fonctions de la dynamique entre les genres qu’à l’art de la séduction lui-même. Lorsque certains critiques m’associent aux « gourous de la séduction manipulateurs et machiavéliques », cela ne fait que souligner une ignorance et un manque de compréhension profonde de ce que je propose. La séduction, c’est de la psychologie, de la sociologie, de l’économie, de la biomécanique, de l’évolution et de la politique. La séduction est bien plus vaste qu’une simple collection de « trucs et astuces ». Et c’est précisément le but latent de ces applications (l’art de la séduction) et les mécanismes derrière leur fonctionnement qui menacent les investissements égotiques de ceux dont les intérêts féminisés préféreraient les voir marginalisés et ridiculisés, ou utilement tournés en dérision pour faire honte aux curieux, de peur que ces fondements ne soient connus du plus grand nombre.
La tête dans le sable
Adoucir le poison ne le rend pas moins mortel.
Je me souviens d’une époque dans ma vingtaine où je travaillais comme technicien de scène pour un spectacle de cabaret dans un casino. Le numéro de magie que je montais et démontais chaque soir impliquait un tigre du Bengale et une panthère noire. Les deux étaient manipulés par des dresseurs professionnels, mais même s’ils semblaient être les animaux les plus dociles qui soient, je savais qu’ils avaient le potentiel de me faire sérieusement mal dans les mauvaises circonstances. Les dresseurs les gardaient à distance du reste de l’équipe, seuls moi et un autre technicien pouvions nous en approcher pour les amener sur scène dans des cages spéciales à un moment précis du spectacle. Un dresseur m’a dit un jour : « Le moment où tu les considères comme des animaux de compagnie est le moment où ils deviendront sauvages avec toi. » Ils jouaient chaque soir avec ces animaux sauvages, et ils semblaient en apparence avoir une connexion spéciale avec eux , comme si ces colosses étaient leurs animaux de compagnie. Mais quand tu les regardais manger, tu comprenais de quoi ils étaient réellement capables.
J’ai appris une leçon précieuse lors d’une soirée où j’amenais la panthère vers le rideau. Elle était enfermée dans ce qui était essentiellement un aquarium en acrylique renforcé sur roulettes, avec un tissu en velours drapé dessus. Quelques minutes avant mon signal, j’ai cru que le drapé tombait d’un côté et je l’ai donc soulevé pour le remettre en place. C’est alors que je me suis retrouvé face à face avec cet « animal de compagnie », éclairé uniquement par quelques faibles lumières de scène, et séparé de lui par dix petits centimètres d’acrylique transparent. Elle m’a regardé avec ces yeux jaune-vert caractéristiques, tout en émettant un grognement très bas, presque étouffé. Puis, elle a montré juste assez de ses dents pour me faire comprendre qu’elle était tout sauf un « animal de compagnie ».
C’est une erreur (et parfois une erreur fatale) d’ignorer ce que vous savez être juste sous la surface. Il est réconfortant de croire que vous avez une connexion spéciale avec quelqu’un. Tant que les conditions sont réunies, vous jouissez d’une relation basée sur la confiance mutuelle et l’affinité partagée. L’erreur est de croire que cette confiance et cette camaraderie sont inconditionnelles ; que les motivations primitives sous-jacentes sont domptées au point d’être sans conséquence. Il se peut que vous ayez un lien spécial qui va au-delà du physique, mais cette relation est toujours fondée sur des règles physiques qui testent et influencent constamment ce lien.
Vous savez instinctivement que c’est le cas, mais le désir de préserver cette connexion est si fort que vous minimisez les impulsions naturelles et tentez de les dompter par d’agréables rationalisations. Chaque homme divorcé que je connais m’a dit une variante de « Je n’aurais jamais cru qu’elle était capable de ça. » Dans leur confort, ils se demandaient comment ils avaient pu perdre le ballon, surtout après avoir joué selon les règles pendant si longtemps. Certains connaissaient l’hypergamie, d’autres avaient fait de leur partenaire leur « animal de compagnie », mais leur belle panthère est devenue sauvage.
Jouez à mon jeu
Il est bien plus sain d’accepter les lois du pouvoir, les lois de la séduction, l’hypergamie, etc., et de façonner sa vie autour de leur compréhension plutôt que de se convaincre que l’on est une exception à celles-ci.
Il y a ceux qui cherchent à acquérir du pouvoir en changeant les règles du jeu, en abaissant les paniers de basket pour marquer des points plus facilement. Mais en « nivelant vers le bas le terrain de jeu », ils ne font que changer la nature de la compétition pour mieux convenir à leurs capacités individuelles, n’améliorant ni le jeu, ni eux-mêmes. Le changement temporaire des règles ne sert qu’à masquer leurs inaptitudes dans ce jeu.
Puis il y a ceux qui acceptent le jeu tel qu’il est, qui le comprennent et le maîtrisent (ou du moins essaient de le faire). Ils comprennent le besoin d’adversité et les avantages que cette adversité peut leur conférer lorsqu’ils atteignent un nouveau pallier de maîtrise du jeu – non seulement en technique, mais aussi par la confiance authentique et vérifiable que cela leur confère.
Ne souhaitez pas que les choses soient plus faciles; souhaitez être meilleur.
La véritable aberration est de vouloir imposer sa propre tricherie au jeu comme la nouvelle façon dont le jeu devrait être joué. Si vous tirez la flèche puis peignez la cible autour, vous tirerez toujours dans le mille.