Le capital relationnel

Le capital relationnel
Retrouvez le texte original, « Relational Equity », en cliquant ici

L’hypergamie se moque bien de votre « capital relationnel ».

Lorsque je me suis attaqué à l’écriture de l’article « L’hypergamie n’en a rien à foutre », je savais qu’il allait être perçu comme un pamphlet fataliste sur les « méfaits » de l’hypergamie. C’était inévitable.

L’idée de ce billet est née des innombrables témoignages que j’ai reçus de la part d’hommes abasourdis par la manière dont leur relation s’est terminée. Ils étaient convaincus que tout ce qu’ils avaient investi au fil du temps dans leur couple – sur les plans émotionnel, physique, financier, familial, etc. – constituait une sorte de « bouclier rationnel » contre l’impulsion féminine instinctive de rechercher constamment un partenaire de plus haut statut. Le choc résulte du postulat erroné que les femmes seraient des agents parfaitement rationnels, et qu’elles devraient donc logiquement tenir compte de tous ces efforts, de toutes ces qualités personnelles, de tout cet engagement dans leur vie avant d’envisager de « monter en gamme » avec un autre homme.

Du point de vue masculin, cette idée est cohérente : tout cet investissement représente une forme de capital relationnel accumulé au cours du temps. Alors forcément, réaliser avec impuissance que ce capital peut devenir totalement inutile aux yeux d’une femme au moment où elle se retrouve face à un homme objectivement plus attirant que vous, selon les critères dictés par son hypergamie, est un choc immense.

Cela ne signifie évidemment pas que les femmes ignorent totalement ce capital au moment de prendre leurs décisions, en particulier lorsqu’elles sont célibataires, mais leur point de départ est toujours l’hypergamie. Bien sûr, elles peuvent choisir de privilégier la fidélité, tout comme les hommes peuvent choisir de réfréner leurs pulsions sexuelles. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au moment crucial de prendre la décision finale, ce ne sera jamais le capital relationnel qui fera pencher la balance.

C’est précisément cette dynamique qui explique pourquoi le « petit copain de substitution », ou le gars qui orbite patiemment autour de la fille de ses rêves en attendant d’avoir sa chance, devient fou de rage quand il apprend que la fille en question a plutôt choisi de coucher avec le bad boy du quartier. Elle ne fait pas un choix logique basé sur la quantité d’efforts fournis par l’un ou l’autre. Au contraire : elle lui démontre que tous ses efforts n’ont aucune valeur, en offrant son intimité à un mec qui n’a pratiquement rien investi pour l’obtenir. Ce que ce « gentil garçon » ne comprend pas, c’est que l’hypergamie se fiche éperdument du capital relationnel.

Et ça, c’est une vérité très dure à encaisser. Comprendre le fonctionnement profond de l’hypergamie revient à admettre que ce fameux capital relationnel, que certains hommes mettent parfois plusieurs années à construire et entretenir, n’a presque aucun poids dans la balance. La confusion vient du fait que l’idée qu’ils se font de la sécurité affective repose sur un désir négocié, et non sur un désir authentique. C’est d’ailleurs pour cette raison que tant de thérapies de couple échouent : elles partent du postulat erroné que le désir peut se négocier indéfiniment.

La femme rationnelle ?

Un blog féministe que je suis a récemment publié un petit « conte » adorable vantant les mérites des hommes Bêta (qui, selon le point de vue de l’auteur, seraient en réalité les vrais Alphas, à condition qu’ils fassent pipi assis et disent toujours des choses gentilles à propos des filles). L’histoire n’est pas mauvaise en elle-même, même si son idée d’un Alpha ressemble à Jean-Claude Dusse qui pourrait se transformer en Christian Grey à volonté. L’intention est louable, mais l’erreur de fond selon moi, c’est de croire – ou d’espérer – que les femmes feront un choix rationnel et préféreront un Bêta pour sa stabilité à long terme. Grande idée que voilà !

L’ironie mise à part, l’autrice du post commet, de mon point de vue, deux erreurs fondamentales.

La première est de supposer que l’hypergamie, qui prend ses racines dans les parties les plus profondes et primitives du cerveau limbique, peut être sublimée au profit d’un raisonnement conscient au moment de choisir avec qui coucher, ou a fortiori, avec qui faire sa vie. Je conçois qu’il se soit écoulé au moins vingt-huit ans depuis le jour où elle-même a eu à faire ce choix, mais biologiquement, rien n’a vraiment changé entre-temps.

Sa deuxième erreur, c’est de croire que le simple potentiel d’un fort capital relationnel pourrait suffire à rendre envisageable et tolérable un engagement à vie avec un Bêta, basé sur un médiocre « Bon, il fera l’affaire ». Comme je l’ai dit plus tôt, l’hypergamie se moque bien du capital relationnel. Si jamais il entre en ligne de compte, c’est uniquement comme point de comparaison au moment d’évaluer le risque engendré par l’hypergamie – il n’est jamais la base même du choix.

L’homme rationnel

On pourrait croire que je dédouane les hommes de leur part de responsabilité, mais ce n’est pas le cas. Comme je l’expliquais dans un autre article, « La menace », plus un homme devient conscient de sa valeur sur le marché sexuel (SMV), plus il acquiert la capacité d’évaluer avec justesse le potentiel d’un investissement à long terme avec une partenaire.

Le problème, c’est que cette prise de conscience arrive souvent autour de la trentaine – soit exactement au moment où la plupart des femmes, juste avant de se heurter à leur « Mur » (phase que j’appelle le pre-Wall), cherchent à s’assurer l’engagement et la protection d’un homme qui, lui, n’a pas encore pleinement réalisé sa valeur. Entre-temps, ces hommes ont passé leurs vingt dernières années de vie à courir après les femmes, à suivre leurs pulsions, et à accumuler des expériences souvent déceptives, voire traumatisantes.

Alors, quand ce mec moyen (souvent un Bêta) rencontre à vingt-neuf ans une femme « simple », authentique, tournée vers la famille, il a l’impression d’avoir trouvé une perle rare. Il est prêt à passer l’éponge sur son passé, son caractère, voire les enfants qu’elle a faits avec un autre homme.

Dans notre communauté, on observe l’émergence d’une nouvelle génération de « Chevaliers blancs », qui prônent avec fierté l’idée de sélectionner et trier les partenaires potentiels selon des critères très restrictifs et des standards élevés, afin de choisir les meilleures femmes à épouser. Cela sonne vertueux à leurs oreilles. Et pour les adeptes de la monogamie en série qui se persuadent entre eux d’être des « bon gars », c’est même un moyen de caresser leur ego : ils sont des experts capables de juger en un rien de temps quelle femme mérite ou non leur engagement. En réalité, tout ceci n’est qu’un nouveau type de Bêta Game : “Attention les filles, je suis exigeant : si tu n’es pas vierge ou que tu n’es pas capable de faire un pain de campagne décent, je passe à la suivante…”

Mais peu importe à quel point il pense être pertinent dans son jugement, aucun homme dans l’histoire n’a jamais eu la capacité de « valider » une femme qu’il souhaitait épouser. Encore moins s’il s’est marié avant trente ans ou avec une seule relation de long terme à son actif. Je ne dis pas que les couples qui se sont formés au lycée et durent pour la vie n’existent pas, juste qu’aucun homme ne peut prédire comment la femme qu’il aime évoluera avec le temps.

J’entends déjà les « Ouah, vous êtes un peu brutal quand même ». Je comprends. Mais allez demander à un homme en train de traverser son second divorce s’il était sûr d’avoir fait le bon choix la deuxième fois. La vérité, c’est qu’on ne « tombe » pas sur un bon mariage ou une bonne relation de long terme : on la construit. On la façonne. Ta petite amie timide et sage, élevée au milieu des vaches dans la campagne creusoise, est tout aussi hypergame que la fille que tu as ramenée de boite hier soir. Femmes différentes, contextes différents, mais même pulsion.

Tu peux gagner suffisamment d’expérience pour espérer repérer une femme avec qui bâtir quelque chose de solide, mais au final, c’est ta propre force qui fait le mariage, et tes propres failles qui le détruisent. Il n’existe pas de mariage préfabriqué.