Les gentilles filles
Les gentilles filles sont juste des vilaines filles qui ne se sont jamais fait prendre la main dans le sac.
Permettez-moi de vous rapporter un cas d’école dont le personnage principal est un de mes amis de longue date. J’avais embauché Ray il y a quelques années en tant que collaborateur. Même si, au départ, nous n’étions que des collègues, il est rapidement devenu l’un de mes amis les plus proches, et j’ai eu le plaisir de le « débrancher de la Matrice » moi-même. Il a été un bon « élève » (faute de meilleur terme), et ce processus l’a complètement transformé. Comme la plupart des hommes élevés dans un conditionnement féminin omniprésent, il a d’abord accueilli avec condescendance mes premiers enseignements, et continuait de s’accrocher en secret à ses mentalités d’AFC. Jusqu’à ce que le point de bascule arrive.
Sans que je ne sois au courant, Ray entretenait une « amitié » un peu ambiguë avec une chargée de communication plutôt mignonne avec qui nous bossions à l’époque. Il connaissait mes positions sur les rejets du type « restons juste amis » et les relations qui en découlent, et avait donc volontairement gardé cette histoire hors de mon attention. Il l’avait « vue » à plusieurs reprises, mais à part quelques occasionnels baisers alcoolisés, elle le tenait à distance avec les techniques classiques du type « Je ne suis pas prête pour une relation », « Je ne cherche pas de copain », « On est juste bons amis », etc. Elle le gardait cependant dans sa toile d’attention, en lui redonnant quelques carottes d’affection au moment opportun, histoire de le faire tirer sa charrette pendant trois ou quatre mois supplémentaires. Précisons que Ray n’était d’habitude pas du genre à se laisser marcher dessus. Il avait eu sa dose de conquêtes et de désillusions. Mais cette « gentille fille » relativement mignonne avait fini par titiller son unicisme.
Tout a implosé une nuit où elle devait bosser avec Aaron Lewis (un auteur/compositeur assez connu), qui allait donner un concert acoustique dans le casino où nous travaillions. Pour la faire courte, elle a fini éméchée ce soir-là, et a couché avec le manager d’Aaron Lewis, dans le cas classique du « bon alpha, bon contexte, bon timing ». Son erreur fut de ressentir le besoin de « confesser » ce qu’il s’était passé à Ray, qui s’est senti trahi après tout l’investissement qu’il avait mis dans ce qu’il croyait être la bonne approche. Un type, une nuit, des hormones en ébullition, « il était mignon, j’étais bourrée, et ce qui devait arriver arriva… », versus ses trois à quatre mois d’implication personnelle.
C’est à ce moment-là qu’il est venu me voir pour me raconter toute l’histoire, et qu’il s’est retrouvé à la croisée des chemins. Elle s’est platement excusée, lui tendant encore une fois le rameau d’olivier du « soyons juste amis ». Il m’a demandé quoi lui répondre, et c’est à ce moment-là qu’il a pris l’initiative de lui dire « non, on ne peut pas “juste être amis” ». Il a suivi mon conseil et, pour la première fois de sa vie, il a tourné délibérément le dos à une femme. Et c’est là que tout a volé en éclats pour elle. Elle n’avait jamais été confrontée à cette réponse-là, et toutes les cartes sont passées dans les mains de Ray. A partir de ce jour, elle a commencé à « tomber sur lui par hasard » dans des bars ou à des événements pour « en reparler », elle a totalement changé d’attitude, multipliant les efforts pour « rester son amie ».
Je suis particulièrement fier de Ray, car contrairement à la plupart des mecs qui découvrent la puissance du retrait, il ne s’est pas contenté d’espérer en silence qu’elle revienne pour ensuite accepter docilement d’être son « ami ». Il avait assimilé que le retrait est un levier précieux, et continue de l’utiliser aujourd’hui. Il a également appris un autre principe fondamental : ne jamais juger une femme à ce qu’elle dit, mais à ce qu’elle fait. Bien sûr, au bout de six ou huit mois, elle a cessé ses tentatives de « rester amie » avec lui, et il lui a reparlé de temps à autre depuis, mais le cadre de leur relation avait changé. Elle avait désormais pour lui un respect qu’elle n’aurait jamais pu ressentir tant qu’il était dans le besoin, et qu’il n’aurait jamais obtenu s’il avait accepté une énième « amitié ».
Les gentilles filles
Cette chargée de communication adorait mettre en avant son « bon fond » à chaque occasion. Et quand on lui demandait ce qu’elle recherchait chez un homme, elle répondait invariablement qu’elle voulait « un homme avec un bon cœur ». Très extravertie (comme on peut l’attendre de quelqu’un qui travaille dans la communication), elle veillait cependant à toujours renvoyer une image respectable, consciente de la manière dont les gens la percevaient. Elle était l’archétype de la femme qui doit être jugée sur ses actes, et non sur ses mots. La biologie pulvérise les convictions – la sexualité, malgré tous les efforts que l’on peut déployer pour la canaliser, finit toujours par s’exprimer. Les prêtres célibataires, les politiciens puritains, et la fille pure et vertueuse sur qui vous avez un crush : tous ont envie de jouir, et tous trouveront un moyen de le faire. J’ai récemment checké son profil sur Facebook, elle vit désormais dans le Montana avec un mari bien Bêta, qui n’a probablement aucune idée des pulsions crues et primitives dont elle est capable.
L’un des pièges fréquents, face à une femme perçue comme une « fille bien », est la tendance à la mettre instantanément sur un piédestal. C’est évidemment le cas pour les Chevaliers Blancs qui pullulent partout aujourd’hui, mais même des coachs en séduction aguerris se laissent parfois aller à prêter des intentions plus nobles à une « fille bien » qu’à la moyenne des femmes qu’ils côtoient. Une femme plutôt mignonne (HB 8) enrobée d’un petit écrin de vertu est la recette idéale pour déclencher un unicisme, parce qu’elle semble au-dessus de toute tentative de séduction. « Je veux juste un homme avec un bon cœur » sonne comme un vœu de conte de fées, et avec juste ce qu’il faut de naïveté dans la voix, elle donne l’impression d’y croire dur comme fer. Pour un homme qui possède quelques compétences en séduction, elle devient une perle rare au milieu des garces blindées comme des tanks qui peuplent le marché sexuel moderne. Et pour un AFC aux aspirations chevaleresque, c’est l’archétype de la demoiselle innocente à protéger du monde avant qu’il ne la souille et qu’elle ne devienne comme toutes les autres femmes, celles qui ne veulent pas de lui. Les deux tombent des nues quand elle finit par coucher spontanément avec le premier manager un peu Alpha qu’elle croise.
Si ce n’est pas encore fait, je vous recommande vivement d’ajouter L’art de la séduction de Robert Greene à votre liste de lecture. Dans ce livre fondamental, il commence par dresser les profils des différents archétypes de séducteurs, et parmi ces profils, notre « gentille fille » correspond à ce qu’il appelle « La Naturelle » : une innocence quasi-enfantine qui masque une stratégie de séduction bien rodée. On pourrait croire qu’une gentille fille est coincée – c’est souvent une erreur. Elle doit juste être suffisamment mignonne et espiègle pour que son hypergamie puisse s’exercer. Sa « pudeur » n’est là que pour maintenir un prétendant dans l’entre-deux assez longtemps pour évaluer d’autres options. Ou, comme dans le cas de notre chargée de communication, pour sauter sur le premier Alpha qui se présente.
La stratégie de la gentille fille repose sur le mythe de la « femme de qualité » auquel tant d’hommes croient encore dur comme fer. Ils se persuadent qu’elle existe bel et bien, au milieu d’un océan de salopes égocentrées qui tentent de gratter un maximum avant de dépasser leur date de péremption. Elle n’est ni une sainte nitouche, ni une putain bon marché : la gentille fille se maintient quelque part entre les deux. De plus, elle est « juste » mignonne (HB7-8), et non une intouchable déesse HB9+, ce qui lui permet de dégager cette subtile impression d’accessibilité. Tout ça crée le cocktail parfait pour attraper un unicisme aigu – jusqu’à ce que le mirage se dissolve brutalement sous les yeux du pauvre gars qui l’a contracté.
De la même façon que chaque homme possède ses propres techniques de séduction, chaque femme possède les siennes. Mais puisque nous vivons dans une réalité définie par le féminin, leurs techniques de séduction ne sont jamais perçues comme de la manipulation ; c’est simplement « leur nature », ce que appelle la Mystique féminine. Ce qui différencie une gentille fille des autres repose toujours sur cette normalisation sociale féminine. Le praticien aguerri du jeu de la séduction connaît les techniques qu’il peut appliquer pour servir son intérêt, mais il doit également savoir repérer les techniques que l’on peut utiliser contre lui. L’objectif est d’atteindre ce que l’on pourrait qualifier de « maîtrise amusée », autrement dit d’acquérir l’expérience nécessaire pour anticiper la séduction féminine, en maîtriser les rouages, et y répondre avec un petit sourire en coin.
Par exemple, l’objectif de la séduction féminine est toujours de maximiser l’hypergamie. C’est un principe fondamental. Une fois que l’on sait cela, on peut répondre à toutes leurs tentatives de séduction avec détachement, en gardant l’esprit clair. La gentille fille espère autant un Alpha que toutes les autres, et s’il lui faut s’arrêter en pleine route pour descendre de sa voiture et coucher avec lui, elle le fera. Quand vous traitez avec une gentille fille, ou avec n’importe laquelle de ses consœurs, ayez toujours en tête leur objectif final.