Trouble borderline
« Tu la regardais, hein ?! TU LA REGARDAIS ?!!… Avoue-le : t’as juste envie de la baiser, pas vrai ? DIS-LEEE !!! »
Une caractéristique plutôt étonnante de la communauté masculine sur internet est sa tendance à collectionner ce que j’appellerais des « pathologies de compagnie ». Il est tellement plus simple, tellement plus rassurant, d’attribuer un manque d’intelligence sociale ou une immaturité relationnelle chronique au syndrome d’Asperger, par exemple. Je ne prétends évidemment pas que cette pathologie n’est pas réelle. Elle l’est. Mais la fréquence avec laquelle certains hommes s’en servent comme excuse bien pratique pour justifier leur malaise social finit par décrédibiliser ceux qui en souffrent réellement. Chez l’immense majorité des hommes Bêtas, le blocage qu’ils ressentent face à la séduction ou aux interactions sociales provient non d’une pathologie, mais bien d’une anxiété qu’ils ont intégrée depuis l’adolescence, voire l’enfance.
Il est évidemment plus confortable de se dire que l’on est juste “mal câblé”, que de reconnaître l’ampleur du travail à fournir pour déconstruire des années de conditionnement négatif. Je ne dis pas que certains hommes (curieusement, ce sont rarement des femmes) ne soient pas vraiment Asperger. Mais un peu d’introspection honnête ne ferait pas de mal avant de s’auto-diagnostiquer autiste par commodité.
Une autre névrose qui revient régulièrement sur les forums de la communauté quand on parle des femmes, c’est le trouble borderline (BPD, pour « Borderline Personality Disorder »). Voici sa définition médicale officielle :
DSM-IV-TR – Critères diagnostiques :
Un schéma encahissant d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects, présentant une impulsivité marquée, débutant au début de l’âge adulte et présent dans divers contextes.Diagnostiqué si cinq (ou plus) des symptômes suivants sont présents :
– Efforts frénétiques pour éviter l’éventualité d’un abandon réel ou imaginaire
– Relations instables et intenses, oscillant entre idéalisation et dévalorisation extrêmes
– Perturbation de l’identité : image de soi instable et persistante
– Impulsivité dans des domaines potentiellement autodestructeurs (ex : sexe, drogues, dépenses, nourriture, conduite dangereuse)
– Comportements ou menaces suicidaires récurrents, automutilation
– Instabilité émotionnelle marquée, humeur changeant de manière intense et brève
– Sentiment chronique de vide
– Colères inappropriées et mal contrôlées (crises fréquentes, violences)
– Idéation paranoïaque transitoire liée au stress ou symptômes dissociatifs sévères
J’ai longtemps hésité à aborder le sujet du trouble borderline, parce qu’on vit à une époque où il est courant d’associer ce type de comportements à celui des fameuses « crazy bitch », dont tant d’hommes se plaignent. Des filles souvent incroyables au lit, mais complètement instables en dehors. Et honnêtement, je doute qu’un homme ayant tenté de séduire une femme au cours des dix dernières années n’ait pas croisé, au moins une fois, un ou plusieurs de ces symptômes chez ses conquêtes potentielles.
Comme les rapports hommes-femmes ont muté ces quarante dernières années, les formes que prennent les névroses ont, elles aussi, évolué. D’où l’intérêt de distinguer la véritable pathologie borderline de l’anxiété insécuritaire, plus banale mais tout aussi fréquente chez certaines femmes.
Les véritables femmes borderline
J’ai été en couple avec une femme borderline durant quatre années, quand j’avais une vingtaine d’années environ. Je peux vous l’assurer : ce n’est ni drôle ni anodin. C’est même dévastateur, surtout pour les AFC enfermés dans la boucle de rétroaction négative d’une femme borderline, en particulier quand cette femme est l’objet de leur unicisme — ils en viennent à croire qu’ils sont responsables de sa dépression ou de sa folie.
La véritable femme borderline finit par convaincre sa victime qu’elle est la cause directe de sa souffrance. Vous cessez d’être vous-même, pour devenir un pantin d’argile qu’elle façonne à sa guise. Et peu à peu, vous en venez à penser qu’il est de votre devoir et de votre intérêt de devenir l’homme qu’elle a besoin que vous soyez, pour maintenir son déséquilibre.
Petit à petit, vous vous éloignez de vos amis, vous coupez les ponts avec votre famille (ou c’est eux qui lâchent l’affaire en premier), vous abandonnez vos passions, vos projets, tout ce qui faisait que vous étiez vous. Parce que tout cela menace le récit névrotique dans lequel la femme borderline s’est enfermée — et dans lequel elle vous enferme à votre tour.
Et pour vous récompenser de votre soumettre à sa psychose, elle vous offrira, de temps à autre, du sexe torride comme vous en connaîtrez peu. Mais ce n’est qu’un appât. Une friandise qu’un donne à un chien pour le dresser. Une manière de vous maintenir dans sa bulle. Celui que vous étiez disparaît progressivement, remplacé par le personnage qu’elle a construit pour vous. Et pour un Bêta qui est persuadé que cette femme est sa seule chance d’avoir une relation sérieuse, la seule femme qui voudrait bien de lui, c’est le piège parfait. À ses yeux, c’est une HB 9, et pour lui qui n’a jamais couché qu’avec une HB 5 au mieux, le risque de la perdre est omniprésent et paralysant. Si seulement il parvenait à aider cette femme à surmonter ses peurs, ils pourraient vivre heureux, ensemble.
Quand la relation avance, vous en arrivez à accepter l’impensable : son infidélité devient « négociable ». Vous tentez d’amortir le choc en lui proposant une relation ouverte. En réalité, ce que vous faites, c’est rationaliser son envie d’aller coucher ailleurs. Vous vous persuadez que c’est « mieux que de la perdre ». Vous imaginez naïvement qu’une relation ouverte se base sur l’idée de réciprocité, alors qu’elle vous prépare juste à accepter le fait qu’elle baise d’autres mecs — et vous vous sentez même coupable de cette envie qu’elle a d’aller voir ailleurs.
Ou bien, à l’inverse, il suffit que vous regardiez une autre femme pour qu’elle explose en crises de jalousie incontrôlables, accompagnées d’hurlements, de menaces et de rage grandiloquente. Vous vivez constamment dans la peur. Peur qu’elle se suicide si vous partez — menace qui n’est jamais prononcée à voix haute, mais qui est bien présente dans chaque regard qu’elle vous envoie. Croyez-moi : c’est VOUS qui risquez de finir par vous foutre en l’air, bien avant qu’elle ne le fasse.
Je parle en connaissance de cause. Deux hommes que j’ai connus, enfermés dans ce genre de relations, se sont tirés une balle. Un troisième s’est pendu.
Quand vos derniers amis vous conseillent de vous enfuir de toute urgence, c’est par peur pour votre vie. Et la femme borderline le sait. Pour maintenir son emprise, elle doit absolument vous couper de toute perspective extérieure. À un moment, vos proches finissent par renoncer à tenter de raisonner le “nouveau vous”.
Et surtout, préparez à ce qu’au moment exact où vous aurez enfin réussi à rassembler la force de partir, son comportement s’inverse complètement. La vraie borderline hait son « objet », mais ce qu’elle hait encore plus, c’est l’idée de devoir le remplacer. Des mecs prêts à jouer le rôle, il y en a plein qui attendent dehors. Mais vous, vous êtes pratique. Prévisible. Elle s’est construite autour de ce confort, et perdre ça, c’est risquer l’effondrement. Elle se débattra comme un animal acculé pour vous retenir, dans une dernière poussée d’intensité délirante destinée à réactiver la boucle.
Et vous, désormais habitué à sa folie, vous direz qu’elle essaie de « changer vraiment », qu’elle fait des efforts pour que votre relation fonctionne, alors qu’elle ne fait en réalité que jouer sa dernière carte. Et si vous n’avez aucune alternative, si vous pensez sincèrement ne jamais pouvoir trouver mieux qu’elle, vous mordrez à l’hameçon.