Tuer le bêta

Tuer le bêta
Retrouvez le texte original, « Kill the Beta », en cliquant ici

Paul, un lecteur récurrent de ce blog, m’a récemment demandé conseil sur ce qui est probablement le problème qu’on me rapporte le plus souvent.

Bonjour Rollo ! J’ai parcouru l’intégralité de ton blog, et il reste un problème que je n’arrive pas encore à résoudre : comment tuer le bêta en moi ? Chaque fois que je couche avec une fille, ou simplement que je flirte avec, je finis par développer des sentiments pour elle. Même si c’était juste un coup d’un soir, même si la fille me trompe avec un autre gars, c’est comme si je n’avais aucun contrôle sur moi-même ; j’ai l’impression d’être comme ces femmes qui angoissent pour chaque mec avec qui elles couchent.

J’aimerais avoir une réponse définitive à apporter à Paul. Si j’avais à ma disposition un programme étape par étape, un modèle universel que tous les hommes pourraient suivre pour tuer leur bêta intérieur, je serais riche au-delà de mes rêves les plus fous. Si je pouvais trouver un moyen de mettre en bouteille l’essence de ce qui fait un Alpha, et de le vendre au plus offrant, je n’aurais plus à me soucier de l’argent pour le reste de mes jours ! La vérité est qu’il n’y a pas de réponse simple à ce problème, car les conditions de chaque homme sont uniques. Bien sûr, il y a des racines communes à leurs problèmes et des états d’esprit communs qui résultent de leur tentative d’élaborer des stratégies sexuelles fonctionnelles (le Bêta Game) pour se faire une place dans la matrice féminine, mais la marche à suivre pour démanteler ces schémas mentaux et reconstruire une meilleure stratégie sexuelle est unique à chaque individu.

Je pense que c’est la principale raison pour laquelle le jeu de la séduction n’est pas considéré avec le sérieux qu’il mérite – faire constamment sa propre auto-analyse et exploiter ce qu’elle nous apprend de nous-mêmes pour créer et adopter de nouvelles stratégies est un travail herculéen. L’une des raisons pour lesquelles les gourous de la séduction de la décennie précédente semblent si cheap, c’est parce qu’ils ne prennent pas suffisamment en considération le degré de personnalisation nécessaire pour vraiment tuer le bêta intérieur que leurs « disciples » finissent inévitablement par devoir affronter. C’est une démarche internalisée que les gars qui font leur beurre en animant des séminaires rechignent à aborder, parce que votre degré de succès et la façon dont vous mesurez votre succès sur ce plan dépend uniquement de vous. Faire miroiter des relations sexuelles torrides avec des filles auxquelles vous n’auriez jamais eu accès auparavant permet de vendre des DVD à la pelle ; proposer de changer les rouages internes de votre personnalité est beaucoup moins vendeur. Si vous parcourez un jour la section « développement personnel » d’une librairie et vous demandez pourquoi tant de livres ont été publiés sur ce sujet, c’est précisément à cause de cette dynamique – effectuer un changement fondamental dans sa vie nécessite un effort que peu de gens ont la patience et la persévérance de faire.

Alors, avec tout cela en tête, laissez-moi vous l’annoncer de but en blanc : je n’ai pas de carte toute faite pour vous, et quiconque vous dit en avoir une essaie de vous vendre quelque chose. Cependant, je peux essayer de vous orienter dans la bonne direction. Je ne peux pas savoir d’avance ce qui fonctionnera pour vous, vous seul pourrez le découvrir. Essayez de garder à l’esprit que se changer soi-même est un processus qui demande du temps. Même les hommes pour qui la transition est plus facile doivent fournir un effort continu pour maintenir leur nouvelle personnalité lorsque la vie leur envoie un flot continu d’épreuves et de tentations. J’aime à penser que je suis au moins un « Alpha mineur » (selon la classification de Roissy, un autre auteur de blog connu), mais cela ne signifie pas que je ne trébuche jamais. C’est ce que j’entends par processus ; vous ne serez jamais immunisé contre les balles, et vous ne réussirez pas tous les shit tests qu’on vous enverra à la figure. Vous tirerez des leçons de vos échecs et vous vous ajusterez la fois suivante. Il n’y a pas d’ange qui descend soudainement du ciel pour vous annoncer que vous êtes maintenant un Alpha, pas d’éclair de génie où les pièces du puzzle du jeu de la séduction s’emboîtent soudainement comme par miracle. Vous ne recevez pas de certificat annonçant que vous avez terminé le jeu. Vous pouvez, cependant, progressivement changer votre façon de penser, expérience après expérience.

Savoir est la moitié de la bataille

Si vraiment l’on devait identifier une première étape dans le processus d’internalisation, je dirais qu’il s’agit de s’éduquer soi-même. C’est en réalité l’une des étapes les plus difficiles de toutes. Si vous suivez régulièrement mon blog, ou si vous êtes au moins au courant des principes de base du « jeu de la séduction », cela vous semblera sûrement une évidence, mais rappelez-vous qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, des millions d’hommes sont encore plongés dans la Matrice. Seule une fraction d’entre eux entrera en contact avec les principes de la masculinité positive, et un plus petit nombre encore en saisira la valeur. Pour vous et moi, s’éduquer soi-même semble être une évidence ; nous lisons les livres et des articles de blogs, nous nous familiarisons avec leurs concepts, nous choisissons ceux qui pourrait fonctionner pour nous, nous les expérimentons, nous évaluons leur validité et nous décidons finalement de les adopter ou de les rejeter. Cependant, ce qui semble évident pour ceux qui se sont extirpés de la Matrice (ou tentent de s’en extraire) sonne comme un blasphème pour ceux qui n’ont même pas conscience de son existence.

Votre « éducation » ne s’arrête pas une fois que vous vous êtes extirpé de la Matrice. En fait, je dirais même que c’est à ce moment précis qu’elle est la plus cruciale, car vous avez maintenant la possibilité de mettre en pratique ce que vous apprenez. Une chose importante à garder la tête si vous hésitez à avaler la pilule rouge, c’est qu’il n’y a pas de retour en arrière possible. Beaucoup d’hommes frustrés, qui prennent connaissance des règles du jeu et échouent à les appliquer en raison d’un manque de compétences sociales ou parce qu’ils se sont auto-convaincus que les techniques de drague étaient des formules magiques qui leur permettraient de baiser facilement la fille de leurs rêves, ont tendance à vouloir retourner dans le cocon confortable de leur ignorance antérieure et souhaiteraient oublier tout ce qu’ils ont appris concernant les dynamiques sociales inter-genres. C’est là qu’ils découvrent qu’il n’y a pas de retour en arrière possible. Peu importe où ils posent le regard, ils n’ont pas d’autre choix que de voir la vérité là où auparavant ils étaient aveugles. Les interactions sociales, la féminisation de la société, le marché biaisé qu’ils ont été conditionnées à accepter pendant toutes ces années – tout cela leur rappelle subtilement la vérité qu’ils préfèreraient éviter. Ils deviennent hostiles et aigris.

Je prends le temps de vous mettre en garde, parce qu’il s’agit d’un réel danger pour les hommes en transition vers l’internalisation de la masculinité positive. Même vous, si vous avez pris le temps de parcourir quelques articles de ce blog, devriez commencer à être plus sensible à la réalité du jeu de la séduction et de la vie hors de la Matrice. Vous ne voyez déjà plus le monde de la même façon qu’à l’époque. Il suffit par exemple d’allumer votre télévision et votre radio, et de constater la manière dont les genres sont représentés dans les médias grand public. Vous entendez une chanson, regardez une sitcom, surprenez une conversation à la cantine, et commencez à réaliser petit à petit à quel point tout dans votre quotidien est façonné sur la base d’une culture et d’un point de vue féminins. Trouver votre place dans ce nouveau monde (qui a en réalité toujours été juste sous vos yeux) est crucial pour internaliser un nouvel état d’esprit, ou tenter de revenir à votre ancien cadre de pensée.

Pratiquer le changement

Il devrait être évident à ce stade que mettre en pratique ce que vous avez appris est vital. Vous devez sortir le nez d’Internet et tester sur le terrain les théories que vous apprenez, sur ce blog ou ailleurs. Que ce soit en allant draguer dans les clubs ou en adoptant une nouvelle attitude avec votre partenaire (ou vos collègues), c’est vous qui décidez. Vous réaliserez alors que la partie la plus difficile du changement est le choc de voir les gens qui vous connaissent remettre en question la validité de votre nouvelle personnalité. Si vous déménagiez dans une nouvelle ville, changiez complètement votre cercle social et commenciez à vous comporter du jour au lendemain comme le stéréotype du connard libidineux, personne n’aurait grand chose à vous dire. Cependant, faites un changement radical de personnalité en restant près de ceux qui vous connaissent depuis des années, et tout le monde vous dira que vous « essayez d’être quelqu’un que vous n’êtes pas ».

Les êtres humains aiment ce qui est prévisible – cela leur procure un sentiment de contrôle sur les autres. Lorsque vous changez quelque chose en vous, ou que votre personnalité est modifiée par une circonstance extérieure, cette prévisibilité est menacée, et la réaction est logiquement d’essayer de vous remettre à votre place. La honte est une tactique spontanément employée par les femmes, avec l’objectif de vous ramener constamment dans leur cadre. Et c’est d’ailleurs précisément cette « récupération du cadre » que le nouveau vous représente qui constitue une menace aux yeux des autres. Changez trop brusquement, et tout le monde pensera que vous sur-réagissez après votre dernière déception amoureuse. Faites-le subtilement et de manière persistante au fil du temps, et les gens seront plus enclins à accepter votre nouvelle personnalité comme authentique. Changez, mais jamais trop rapidement.

Ce dernier conseil semble trivial, mais il est important à retenir, car vos proches seront votre plus grande source de doute lors de votre transformation. Ils peuvent sembler être bien intentionnés, mais comprenez que leur intention profonde est de revenir à la situation antérieure, pas de soutenir votre intérêt. La première fois qu’une ancienne petite amie pour qui vous aviez le béguin vous traite de « connard », c’est un véritable choc. Vous subirez constamment des coups de poignard destinés à ramener l’ancien vous et remettre les choses à leur place, mais vous devez résister à la tentation de vous en offenser. Il est difficile d’affirmer fièrement « ouais, je suis un connard » quand toute une existence de conditionnement vous a appris à ne pas offenser les autres, et surtout pas les filles sur qui vous aviez des vues. C’est contre-intuitif pour le Bêta en vous. Aussi triste que cela puisse paraître, vous obtiendrez bien plus facilement ce que vous désirez des femmes en les offensant indirectement. À vous maintenant d’arriver à gérer le conflit interne que cela crée entre le Bêta que vous avez toujours été et l’Alpha qui commence à émerger. C’est là que la plupart des hommes échouent leur transition, et cela est principalement dû à un manque de pratique dans le contrôle de leurs émotions.

Robots Sociaux

Comme je l’ai déjà développé dans un article précédent, les hommes sont les véritables romantiques, les femmes ne sont que les vecteurs de ce romantisme rarement apprécié à sa juste valeur. L’une des plus grandes plaies que la révolution sexuelle féminine a infligées aux hommes est de leur faire croire qu’il ne seraient pas en phase avec leur part féminine. Nous serions « déconnectés de nos sentiments ». Que Dieu maudisse Carl Jung et envoie son cadavre brûler en enfer pour avoir convaincu la culture populaire que chaque sexe avait des quantités égales (mais non exprimées) d’énergies féminines et masculines. La culture occidentale a été tellement saturée de la théorie jungienne que nous ne la reconnaissons même plus comme telle. Il est devenu normal de croire qu’une société parfaitement androgyne et égalitaire serait le but ultime à atteindre.

En réalité, jusqu’à il y a environ 50 ans, les hommes étaient le sexe qui avait la plus grande maîtrise de ses émotions. C’est même précisément cette retenue émotionnelle qui rendait les hommes attirants aux yeux du sexe opposé. Qu’ils soient des poètes torturés dont elle doit percer les mystères, ou des stoïciens naturels dont chaque minuscule expression d’une émotion est un événement en soi, c’est cette inaccessibilité émotionnelle qui a contribué à faire que les femmes s’intéressent aux hommes. Cinquante ans plus tard, dans notre société contemporaine, exprimer tout ce que l’on ressent est désormais considéré comme le moyen principal d’accéder à l’intimité d’une femme – tuant essentiellement tout sentiment de mystère. En mettant de côté les différences inhérentes à la psyché de chaque genre, ma théorie est que les hommes ont peu à peu adopté une certaine réserve émotionnelle en société, non à cause d’une quelconque insécurité, mais tout simplement parce que c’est ce qui fonctionnait le mieux pour susciter de l’intérêt chez la gente féminine.

Ce n’est plus le cas à notre époque. Aujourd’hui, les petits garçons comme les hommes sont conditionnés à penser que l’expression émotionnelle est un moyen viable de résoudre des problèmes. L’adage selon lequel « les garçons ne pleurent pas » a été institué dans un but précis. Le fait d’exprimer aisément ses émotions est un trait caractéristique du féminin. On ne demande évidemment pas aux hommes de devenir des « robots sociaux », incapables de ressentir la moindre émotion hormis les plus intenses ; j’essaie juste de souligner que cette injonction a peu a peu perdu de sa puissance à force d’être sur-utilisée. Les moments où un homme montre ses émotions devraient être des cadeaux rares pour les femmes, même si celles-ci manquent généralement d’apprécier cette attention à sa juste valeur.

Apprendre à désapprendre

Il est très difficile pour un homme Bêta, conditionné depuis sa naissance à être émotionnellement disponible, d’apprendre à cloisonner l’accès à ses émotions. La bonne nouvelle est que je ne vous demande pas de le faire. Je vous suggère plutôt de désapprendre les raisons qui vous poussent à exposer vos sentiments si facilement. Il est facile (et presque automatique) de se fermer émotionnellement après s’être pris de plein fouet une déception amoureuse, mais c’est une tâche bien plus exigeante que d’arriver à remettre en question ce que vous ressentez lorsque tout va bien. Nos émotions sont ce qui font de nous des humains, et à ce titre, il est important de les embrasser et de les chérir. Cependant, il est tout aussi important de réaliser à quel point elles peuvent facilement être utilisées contre nous. Vous devez désapprendre au plus vite les raisons pour lesquelles vous êtes si facilement émotif. Peut-être est-ce dû à une blessure d’abandon non cicatrisée, ou bien est-ce un conditionnement qui résulte de votre éducation.

Rappelez-vous vos cours de conduite, lorsque vous avez appris qu’il valait mieux prendre un virage dans le dérapage, plutôt qu’avec le dérapage ? Lorsque nous sommes sur la route et que nous sentons que nous commençons à déraper, notre réflexe primaire est d’écraser la pédale de frein ou de tourner le volant dans le sens opposé au dérapage, aggravant ainsi une situation déjà précaire. Notre instinct de préservation nous dit de le faire, mais le seul effet de cette manœuvre instinctive est d’aggraver une situation déjà dangereuse. Cependant, après suffisamment de sensibilisation et de pratique, nous apprenons à ne pas suivre notre réaction par défaut et réalisons que la voiture se redresse alors d’elle-même, évitant ainsi le désastre.

Vous devez désapprendre les comportements qui ne servent plus vos intérêts et mettre en place de nouveaux comportements plus adaptés afin de corriger votre trajectoire. Ce changement nécessite de la pratique et de la répétition. Il n’y a pas de substitut à la persévérance.

Changer votre façon de vous considérer vous-mêmes est la première étape. C’est en fait l’étape la plus difficile pour la plupart des hommes, qui, dans l’ensemble, ne voient pas l’intérêt d’internaliser une nouvelle vision d’eux-mêmes. Malheureusement, c’est la raison principale pour laquelle la majorité des hommes n’arrive pas à changer. Il leur est beaucoup plus confortable de s’inventer des rationalisations pour expliquer à qui veut l’entendre à quel point ils sont heureux dans leur situation actuelle, que de se confronter avec un esprit critique à la réalité au risque d’initier un véritable changement.

Malheureusement, je ne peux pas vous fournir un programme standardisé pour vous transformer magiquement en l’homme que vous souhaiteriez devenir ; vous êtes le seul à pouvoir trouver le chemin adéquat. Cependant, je peux affirmer sans trop de risque que pour devenir l’homme que vous souhaitez devenir, vous devez passer à l’action. Les objectifs que vous vous fixerez sembleront constamment s’éloigner de vous, et c’est une bonne chose. C’est ce qui nous inspire à grandir, à mûrir et à développer de nouvelles compétences afin de surmonter des défis toujours plus grands. Cependant, tout cela nécessite un passage à l’action de votre part.

Vous pouvez consacrer des mois à parcourir en long et en large ce blog (et tous les autres sites dédiés au même sujet) et en extraire des pages et des pages de sagesse, mais rien de tout cela ne servira à quoi que ce soit si vous ne passez pas à l’action. Je ne compte même plus le nombre de fois où j’ai accompagné de jeunes hommes dans leur transformation, leur donnant tous les conseils possibles et les encourageant à les mettre en pratique, pour finalement les voir constamment se lamenter qu’ils n’arrivent pas à trouver la motivation. Dans la plupart des cas, il leur faut une expérience traumatisante et atteindre le point où ils n’ont plus rien à perdre avant qu’ils n’aient vraiment le feu aux fesses pour devenir ce qu’ils aspirent à être.

Je n’ai pas la prétention de me présenter comme un coach en motivation, mais à un moment donné, vous devez franchir l’abîme et changer d’avis sur vous-même.